billet d'avion

Les conditions de sécurité

La sécurité est tout simplement une grosse blague. A l'aéroport de Douchanbé par exemple, avant de passer sous le portique détecteur de métaux, je retire tout ce qui peut faire sonner (montre, ceinture). Les contrôleurs me font signe que ce n'est pas la peine et me demandent de passer. Je passe, je sonne, ils s'en tapent. Et tout le monde passe, et tout le monde sonne, et tout le monde s'en tape.

Dans les avions, je n'ai pas vu une seule fois une démonstration des mesures de sécurité (vous savez, quand les jolies hôtesses vous montrent où sont les issues de secours, comment mettre un gilet de sauvetage, ...). Mais cela peut se comprendre : comme on vole bas, pas de dépressurisation possible donc il n'y a pas de masque à oxygène, ainsi pas la peine de nous montrer comment les mettre ; comme il n'y a pas d'océan dans le secteur, pas de gilet, donc la encore démonstration inutile ; quant aux issues de secours, et bien les avions sont tellement petits qu'il n'y a qu'une porte, celle par laquelle on entre, et rien d'autre pour sortir.

Toujours dans le chapitre sécurité : avec la Tadjik Airline, je ne sais pas pourquoi, mais les ceintures sont très longues et on ne peut pas les raccourcir beaucoup. Bref elles ne servent à rien parce que même attaché je peux toucher le plafond avec ma tête en cas de fortes turbulences.

Dans les Yak-40, pas de soute, on emmène nous même les bagages dans l'avion et on les stocke à l'arrière. S'il n'y a pas assez de place, on empile sur des sièges. Une fois j'étais assis près d'un siège sur lequel tout avait été empilé. Et forcément, tout s'est cassé la gueule. Pas sur moi heureusement, mais presque.

Dernier exemple de mesures de sécurité non respectées : les appareils électroniques. Lors d'un vol "normal", on vous demande d'éteindre vos portables et tout autre appareil susceptible d'émettre des ondes qui interfèrent avec les instruments de l'appareil. Ici, tout le monde s'en fout. Les gens passent même des appels pendant le décollage. Et pendant les vols aussi d'ailleurs ! Parce qu'entre Douchanbé et Khujand, on capte ! :)

Les avions

A l'intérieur, ils sont souvent sales, vieux et moches : vieux sièges, vieilles odeurs, des bouts de scotch un peu partout pour colmater les trous dans les murs. Mais ils ont un certain charme avec leurs rideaux pour les hublots et les tapis au sol :)

A l'extérieur, bah ça va. Je vous laisse juger. Ci dessous, le yak-40, on y entre par l'arrière, attention à baisser la tête.

Yak-40

Yak-40

Et voici ci-dessous l'Antonov-24, le premier avion que j'ai pris. Premier avion à hélice que j'avais pris dans ma vie.

Antonov-24

Ici, je préfère voyager dans ces avions plutôt que dans des Boings. Quitte à monter dans un avion mal entretenu, autant qu'il soit petit, simple, robuste et de conception russe.

Les compagnies aériennes

La plupart que j'ai citées (notamment les kirghizes ainsi que Ariana), sont sur la liste noire des compagnies interdites dans l'Union Européenne. Je ne le savais pas avant d'avoir commencé à les prendre. Et non je ne suis pas suicidaire, mais il s'agit bien souvent du seul moyen de locomotion, notamment en hiver lorsque la route entre Douchanbé et Khujand est fermée parce que les cols de montagne sont infranchissables.

La pire des compagnies reste Ariana Afghan Airline. Il y a d'ailleurs un très bon article dans wikipedia en anglais où l'on y apprend notamment que certains crashs étaient tout simplement dus à un manque de fuel, ou encore qu'une porte s'est un jour ouverte en plein milieu d'un vol. Là encore, je n'ai lu cet article qu'après avoir pris l'avion. Heureusement.

Les vols

Ils sont très beaux. Comme on vole bas, on voit très bien les paysages. Le vol Douchanbé - Bishkek (deux heures) par exemple est très agréable. On passe juste au dessus des montagnes enneigées, au dessus des plaines, des lacs, ...

vol vers Bishkek

Il y a parfois des turbulences, ça bouge un peu. Parfois un peu plus. On les sent bien vu que les avions sont petits... Pour les estomacs sensibles, les hôtesses distribuent des sacs plastiques :)

Les pilotes

Je pense qu'ils sont bons. Ils sont pratiquement toujours russes. Par contre, ils ne sont pas toujours tendres. Particulièrement lors des phases d'approche avant l'atterrissage : on descend parfois vite. Je me souviens d'une descente sur Douchanbé, assez raide. L'homme à ma droite, un tadjik, suait, soufflait, et se cramponnait de toutes ses forces à son siège. Le pauvre. Je lui disais que tout se passerait bien, ce à quoi il répondait qu'il ne serait à l'aise qu'une fois que nous serions au sol. Cela dit, les atterrissages sont toujours très bons.

Quelques anecdotes

Lors d'un vol Bishkek - Osh, je m'étais endormi. Puis réveillé deux heures plus tard lors de l'atterrissage. Le vol dure normalement une heure. En descendant je dis au revoir ("da svidania") à une hôtesse qui me répond avec un sourire amusé. Qu'est ce que j'ai dit ? Sur la piste, je vois les avions de l'US Air Force, comme à Bishkek où il y a une base américaine. L'aéroport ressemble aussi fortement à celui de Bishkek. Finalement je me jette à l'eau et demande à quelqu'un où nous sommes quitte à passer pour un imbécile. On était revenu à Bishkek : comme il y avait trop de brouillard à Osh, on n'avait pas pu atterrir. Et oui, ils naviguent à vue. Pas de visibilité, pas d'atterrissage. C'est la cause première des annulations de vol en hiver. Voilà à quoi ressemble l'aéroport de Bishkek avec les avions cargo américains :

Aéroport Bishkek

Toujours lors d'un Bishkek - Osh, je regardais par le hublot l'hélice de l'Antonov-24. Il faisait presque nuit. Soudain, je vois un cercle lumineux autour de l'hélice et des gerbes de lumière qui jaillissent dans tous les sens. L'hélice faisait des étincelles. Cela n'a duré que trois ou quatre secondes, suffisamment longtemps pour me faire vraiment peur et crier un "putain de merde !" que personne n'a d'ailleurs compris. J'ai vraiment cru que le moteur allait prendre feu. Finalement, cela s'est arrêté. Personne n'a réagi, aucune annonce, rien du tout, si bien qu'au bout d'un moment j'étais convaincu que j'avais rêvé. Après l'atterrissage cependant, je regardais toujours par le hublot, et j'ai vu les pilotes se diriger tout de suite vers l'hélice et inspecter ses pales une par une. Il s'était bien passé quelque chose, je ne saurai jamais quoi.

Lors d'un Douchanbé - Bishkek, tout allait bien. Pas de turbulence, rien du tout. Tout à coup, on a traversé une zone de dépression et subit un choc énorme. Sensation de chute libre pendant une demi seconde. Cela secoue.

Le vol Douchanbé - Kaboul avec Ariana Afghan Airline est le pire vol que j'ai expérimenté. Le temps était très mauvais, on a traversé les nuages, les orages, les turbulences. Pendant toute l'heure de vol, il y a eu des turbulences, sans interruption. C'est assez terrible, surtout lorsqu'on se met à se focaliser sur les craquements que fait l'avion à chaque choc. J'ai eu le malheur de me retourner pour voir la tête que faisaient les gens. La moitié de l'avion était en train de faire une prière...

Je suis très heureux d'avoir voyagé avec ces appareils, et aussi très content de savoir que je ne remonterai plus jamais dedans. Moi qui n'avait jamais été à l'aise dans les transports aériens, je pense qu'à présent je n'aurai plus jamais d'appréhension lors de l'embarquement dans un bon gros Boing ou Airbus d'une grande compagnie.